Dessiner sur la toile, c'est une invention que bien peu d'artistes se sont permis. Françoise Pétrovitch l'utilise avec tant de subtilité que c'est tout juste si on remarque que le crayon est à l'oeuvre ici. C'est une invention qui lui ressemble, discrète et fine. Une invention qui se dilapide, par exemple, dans ces sublimes paysages qui sont une réussite majeure au coeur de l'oeuvre.
Ces paysages apparemment simples, fait d'à-plats et de quelques coups de crayon presque invisibles, focalisent tout l?art de Françoise Pétrovitch. Avec cette rapidité qu'elle cherche, qu'elle apprécie dans le dessin. Avec cette envie déclarée d'être dedans tout de suite et de balancer la couleur "des jaunes, des rouges, d'une intensité folle" sans trop se poser de questions. Comme si la couleur devait être là. Etait là.
D'un seul coup, une étendue bleue ou rouge.
Au bout de l'autoroute, un grand à-plat jaune en guise de ciel.
Extraordinairement intense.
Inquiétant ? Rayonnant ? On ne sait. Les deux sans doute. Les deux peut-être. C'est toute l'ambiguïté de ces toiles qui ont l'air de trancher et qui restent, comme cela, en suspens, dans l'aura fascinante qui, là dans l'invisible, se répand.
Le graphite, dans un coin, gribouille une accroche. Comme une matrice ou comme un vertige. La couleur intervient en à-plats tranchés, en grandes découpes, sans relation à la valeur, à l'ombre, à la lumière ; un socle, comme un repère, face au dessin et à ce qui le conduit...Il y a là, comme souvent chez Françoise Pétrovitch, opposition, tension et dialogue. Mise en rapport. Entre ordre et chaos, ici, mais avec de l'ordre dans le désordre et de l'inquiétude dans ce qui établit. L'étendue jaune ouvre et arrête en même temps le regard. Le dessin dont Françoise Pétrovitch avoue, comme on l'a déjà mentionné, qu?elle a peur « de ne pas savoir où il va », impose envers et contre tout, sa liberté.
Extrait de la préface de Michel Nuridsany pour le catalogue Françoise Pétrovitch, Sémiose éditions.