roses révérences
GALERIE RX
6, avenue Delcassé – Paris 08
9 juin – 16 juillet 2011
Vernissage
mercredi 8 juin, 18h-23h
Dans le cadre de la nocturne Rive-Droite
A l’occasion de la Nocturne Rive Droite, une sélection d’œuvres roses – dessins et sculptures - sera présentée à la galerie en introduction à son exposition personnelle au Musée de la Chasse et de la Nature en septembre 2011.
Françoise Pétrovitch réalisera en parallèle de son exposition à la galerie un « wall drawing » visible au Générateur RX à Ivry sur Seine (uniquement sur RDV).
Lavis roses et émail blanc
Françoise Pétrovitch n’a peur de rien, elle affronte les territoires de l’enfance et de la féminité comme peu d’artistes savent le faire avec humour et compassion, allant jusqu’à se permettre de réaliser une exposition presque entièrement rose. Mais peindre des lavis en rose ou modeler des danseuses dans la glaise pour les faire tourner sur des boîtes à musique ne signifie nullement être doucereux. Non, l’univers de Françoise Pétrovitch n’est pas fait de guimauve, il n’est pas non plus rose bonbon.
Il en faut du courage pour dire la grâce et la coquetterie de ces corps gauches de petites filles qui se métamorphosent. C’est là le sujet de cette dernière série Révérences, des lavis roses, bleus parfois, qui surprennent les gestes maladroits de petites filles courbées, contraintes dans l’espace trop petit de la feuille de papier où elles jouent à faire les dames, chaussant les escarpins de leur mère, empruntant leurs bijoux et leur sac à main, relevant les bords d’un jupon évanescent de mousseline. Ces infantes aux visages d’ange et aux cheveux soyeux qui esquissent de timides pas de danse présentent pourtant quelques traits difformes. Un bras trop long, une main monstrueuse, le déboîtement d’une jambe, autant de signes de ce désir de grandir et de son corollaire : la peur que cela arrive. Une fois de plus Françoise Pétrovitch œuvre sur le fil du rasoir pointant avec tendresse et ironie la violence du conflit qui envahit ces petits êtres déjà sexués. Malgré ou justement à cause de leurs défauts physiques et leur gaucherie, les Ménines de Françoise Pétrovitch fascinent car elles baignent encore dans l’eau du fond du dessin. Et c’est cela qui est merveilleux : elles gardent la trace du travail qui les a faites naître. Car la rupture que signent ces nouvelles œuvres avec les lavis précédents, comme la série Poupées ou Twins, est bien l’introduction d’un fond peint dans lequel la figure se diffuse et finalement tend à échapper à celui qui essaie de la saisir. Ici seul le trait plus sec d’une main, d’une cheville ou d’une mèche de cheveux extirpe la figure au flou. Dans ce sens, ces lavis roses sont plus audacieux que les précédents, moins séduisants de prime abord que les figures isolées sur la réserve de papier. Mais le rose n’est-il pas cette couleur insensée, introuvable en peinture, que Vélasquez mettra dans les mains du petit Amour à travers ce ruban de soie retombant sur le miroir qu’il tend à Vénus ? N’est-ce pas là cette tache picturale dont Manet se souviendra et qui se glissera sous la forme d’un nœud dans les cheveux d’Olympia ? Nul doute que Françoise Pétrovitch vient de la peinture et que ses lavis y mènent tout droit.
Pour servir de décor à ces princesses, Françoise Pétrovitch ouvre une salle de bal avec dix sculptures en céramique modelées grossièrement mais revêtues d’un émail laiteux et irisé que l’on caresserait volontiers. Ces danseuses improvisées au corps épais et aux gestes maladroits tournent sur l’axe d’une boîte à musique juchée sur d’obsolètes guéridons de hauteurs différentes peints en rose tendre. L’assemblée des ballerines dilettantes ainsi réunies est, il faut bien l’avouer, plutôt cocasse et décalée : chacune tourne sur son propre carillon au rythme de la chanson fétiche d’Edith Piaf, dans un moment d’abandon et d’intimité tout comme on se prend à danser en cachette dans la salle de bain. L’installation qui s’intitule La Vie en Rose occupe l’espace d’exposition aussi bien au niveau plastique qu’au niveau sonore laissant entendre la douce cacophonie des carillons de ces danseuses qui nous renvoient finalement à la solitude et aux espoirs cachés de notre propre enfance.
Catherine Macchi de Vilhena