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  Philippe TOURRIOL - "je ne comprends pas cette histoire de ciel en confiture"

 
     

 

Philippe TOURRIOL

 

« je ne comprends pas cette histoire de ciel en confiture »

 

 

 

5 novembre – 22 décembre 2009

 

 

 

Vernissage jeudi 5 novembre 18h-21h

 

 

 

Virages serrés

 

L'abstraction que Philippe Tourriol met en œuvre n'est pas tout à fait contemplative, mais bien plutôt réactive. Elle entretient avec l'histoire picturale des rapports conflictuels plutôt qu'harmonieux, parce qu'elle desserre, à la force de son châssis, un étau redoutable : celui dans lequel est pris la peinture contemporaine avec d'un côté le souvenir pesant des avant-gardes historiques et de l'autre le pop art jouissant des signes de la culture de masse. Proche de la manière de penser noire et vibrante des Américains Steven Parrino ou Blair Thurman, les tableaux de Philippe Tourriol s'engouffrent dans une brèche pour forcer le passage entre culture populaire et abstraction conceptuelle. Il passe par l'une pour mieux dévoyer l'autre, et vice et versa, tant et si bien qu'aucune n'en sort intacte. Sa palette, pétante avec son jaune fluo, son rose poussé à bout ou son orange empourpré, commence par allumer un premier incendie. Ces couleurs, qui dérivent en droite ligne de la gamme chromatique propre aux circuits automobiles, aux casques des pilotes ou aux carrosseries rutilantes, se trouvent employées ici à contre-emploi voire à contre-sens dans une toile à la composition classique. Comme si le tableau lui-même se faisait doubler dans le dernier virage par un cocktail de couleurs aveuglantes qui viennent in extremis damer le pion à la tradition abstraite de l'harmonie chromatique.

 

 

 

Philippe Tourriol développe aussi des rapprochements plus explicites avec la culture hot rods dans ses petits tableaux affichant le plan de circuits automobiles tout en lacets, virages serrés et longues lignes droites avant freinage sévère à la chicane : le rythme est donné, le tableau, a priori lisse, impose au spectateur une lecture saccadée et pleines d'anicroches. On est d'ailleurs presque davantage face à une feuille de route pour pilotes se préparant mentalement à en découdre avec un circuit, que face à un tableau. Dont la surface d'ailleurs se hérisse, se froisse, et se cabre en quelque sorte dans une autre série : celle de ses petites toiles, maculées de réguliers et petits coups de brosse, appliqués d'une seule traite. Puis, un chiffon vient enserrer le tableau. Les plis, le nœud et les tâches que porte le chiffon, altèrent la surface lisse de la toile et lui font un relief tordu. En même temps, ce chiffon, jeté-là, est une manière de faire remonter au premier plan la partie graisse et cambouis du travail, une manière encore de signifier que l'art s'accomplit dans le moteur, dans la mécanique, dans l'atelier, avec les mains et les doigts sales, avec une force de caractère qui implique de ne pas craindre de tout pervertir, de tout éclabousser, y compris le résultat fini, de le gâcher, de le serrer et de l'essorer. Le chiffon n'est pas une ceinture de sécurité, il est ici au contraire comme un lasso prêt à céder sous les soubresauts d'un art slalomant entre les catégories esthétiques pour se hisser à la première place sur la grille de départ.

 

Judicaël Lavrador